Françaises, fières et visibles : les nouvelles voix ethniques du cinéma à Cannes

Françaises, fières et visibles : les nouvelles voix ethniques du cinéma à Cannes

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Photo prise par Vittorio Zunino Celotto/Getty Images - © 2022 Getty Images - Image reproduite avec autorisation gettyimages.com
françaises Ethniques
Frédéric Stucin (photo)

 

Longtemps reléguées aux rôles secondaires, aux stéréotypes ou à l’invisibilité pure et simple, les Françaises issues de la diversité ethnique prennent enfin la lumière sur les écrans… et sur le tapis rouge. Cette année, à Cannes, elles ne sont pas que spectatrices ou invitées : elles sont réalisatrices, actrices principales, scénaristes, productrices. Et elles racontent leur France, dans toute sa richesse, sa complexité, et sa puissance.

Photo prise par Vittorio Zunino Celotto/Getty Images – © 2022 Getty Images – Image reproduite avec autorisation gettyimages.com

 Une présence plus affirmée que jamais

Parmi les talents qui marquent cette édition cannoise, on retrouve :

  • Hafsia Herzi, actrice et réalisatrice franco-algérienne, en sélection Un Certain Regard avec un film intime et social sur la maternité.
  • Aïssa Maïga, toujours engagée dans la lutte contre les discriminations dans le cinéma, présente un documentaire sur les femmes africaines de la diaspora en France.
  • Eye Haïdara, révélation de « Le Sens de la fête », qui brille dans un nouveau rôle principal au sein d’un drame familial sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes.

 La fin du mythe de la « Française universelle » ?

Ces femmes déconstruisent le mythe de la « Française blanche, élancée, discrète », pour y opposer une pluralité de récits, de corps, de voix et de beautés. Elles incarnent une France plurielle, enracinée dans les quartiers populaires, les cultures hybrides, les langues mêlées. Et elles le font avec grâce, force, et un profond sens du cinéma.

« Nous sommes françaises, pas malgré nos origines, mais grâce à elles« , confie une jeune réalisatrice d’origine comorienne présente à Cannes pour la première fois.

 Des récits qui changent la narration

Les films portés par ces artistes ne parlent pas uniquement d’identité. Ils explorent aussi l’amour, l’exil, la famille, le féminisme, le travail, les rêves. Mais toujours avec un angle nouveau, celui d’un vécu souvent marginalisé dans le cinéma français classique.

Et le public suit : les succès récents de films comme Divines, Les Misérables ou Saint Omer ont prouvé que ces histoires résonnaient bien au-delà des « minorités », touchant un public large, avide de récits authentiques et puissants.

 Cannes, vitrine d’une révolution douce ?

Si Cannes a longtemps été critiqué pour son manque de diversité, les choses évoluent. La montée en puissance de ces artistes bouscule les codes de l’industrie et pousse les institutions à revoir leurs critères, leurs castings, leurs financements.

Les Françaises ethniques ne demandent plus la permission : elles créent, elles tournent, elles incarnent. Et le cinéma français, à Cannes comme ailleurs, en sort grandi.

Mai Kieu Li, soprano d’origine vietnamienne, a commencé sa carrière dans des conservatoires en France avant de se faire remarquer pour ses performances dans des opéras de Mozart et Verdi. Son approche de l’art lyrique transcende les frontières de la tradition occidentale tout en restant profondément ancrée dans son identité asiatique. Sa voix, claire et pleine de nuances, incarne l’harmonie parfaite entre l’Orient et l’Occident, une union magnifique que l’on retrouve dans ses interprétations d’œuvres à la fois classiques et modernes.
Dans ses rôles, elle parvient à exprimer une émotion brute et une intensité unique, en particulier dans des opéras de répertoire où elle injecte une touche plus introspective et subtile.
Fabienne Kanor, quand la voix lyrique dialogue avec les racines
Si Fabienne Kanor est d’abord connue comme écrivaine et réalisatrice, elle explore aussi depuis quelques années une forme inédite de performance vocale où le chant lyrique, la poésie créole et les sonorités caribéennes s’entrelacent. Un projet hybride, sensible et puissant, où la voix devient un outil de mémoire et de résonance identitaire.
Dans ses créations scéniques, elle convoque l’héritage des femmes africaines et antillaises, mêlant textes littéraires et envolées lyriques, avec une présence scénique proche du rituel. Plus qu’une chanteuse, Fabienne Kanor est une passeuse de récits, une voix qui reconnecte les mémoires diasporiques au cœur du paysage artistique français.

Toutes les intelligences du monde sont aussi françaises

Qu’elles soient nées à Fort-de-France, Bamako, Alger, Phnom Penh ou Paris, ces femmes partagent plus qu’un parcours d’excellence : elles incarnent une France qui s’ouvre, qui pense autrement, et qui agit pour toutes et tous.
Face aux défis technologiques, climatiques, sanitaires ou sociaux, elles montrent que la diversité est un moteur d’innovation. Elles apportent à la culture française leurs regards pluriels, leurs histoires croisées, et une volonté farouche de transmission.
Françaises, elles le deviennent ou le sont déjà. Ethniques, elles le revendiquent comme une richesse, pas un obstacle. Et si c’était justement ça, l’avenir de la France ? Une France à visage humain, et à visages multiples.

RECAPITULATIF DES FESTIVALS DE CANNES

Festival de Cannes 2025

festival de cannes 2022
festival de cannes

Brèves…nos coups de coeur

Golshifteh Farahani lors de la présentation du film Alpha, Festival de Cannes 2025 – auteur de la photo : Martin Kraft

 

Golshifteh Farahani, actrice franco-iranienne, est connue pour son engagement en faveur des droits des femmes iraniennes. Récemment, elle a été honorée au Festival de Cannes, recevant le prix Humann de la fondation No More Plastic pour son dévouement à cette cause. Lors de l’événement, elle a également monté les marches aux côtés du réalisateur Mohammad Rasoulof, désormais en exil.

Voici quelques mots de son discours : « Des fous absolus tuent des gens, et nous consommons l’information comme sur TikTok, en parcourant des images d’enfants morts. On zappe de ces images comme si de rien n’était. Pourtant, on peut provoquer la peur. Camille a récemment dit quelque chose de très juste : « Quand vous dormez, un moustique ne vous laissera pas bien dormir ». Nous sommes petits, individuellement, mais nous pouvons perturber le sommeil des pouvoirs qui cherchent à dessécher les racines non seulement de la société, mais de notre terre, de nos enfants et des générations futures. Aujourd’hui, nous sommes présents et, dans cette obscurité, nous ne pouvons pas combattre les ténèbres en y plongeant, mais simplement en allumant une bougie. Il suffit d’être la lumière, et c’est ainsi que nous réussirons à regagner le monde qui a été arraché de notre futur. J’adore cette citation d’un poète du XIe siècle : « Les êtres humains sont membres d’un tout. Si un membre souffre, les autres ne restent pas insensibles ».

Samuel Le Bihan

Samuel Le Bihan

À l’occasion de la Semaine du Cinéma Positif, qui se tiendra du 22 au 25 mai, nous avons l’honneur de rencontrer Samuel Le Bihan, acteur renommé et Président de cet événement inspirant. Connu pour son talent à l’écran et son engagement profond pour les causes sociales et environnementales, Samuel Le Bihan met cette année son expérience et sa passion au service du cinéma positif.

Dans cette interview exclusive, il nous dévoile les enjeux et les objectifs de la Semaine du Cinéma Positif, partageant sa vision d’un cinéma engagé et porteur de valeurs humanistes.

Découvrez ses réflexions et ses projets pour faire du cinéma un vecteur de changement positif dans notre société.

Si tu étais un animal ?
Moi si j’étais un animal (réfléchit), je suis plutôt un solitaire quand même, et j’aimerais bien voler… L’idée de voler, Je pense que c’est synonyme de liberté, c’est un peu le rêve de l’homme.

Si tu étais une fleur ?
La galette des rois, la fleur du frangipanier, j’adore, pour moi la plus belle fleur,
synonyme de joie, de bonheur, d’optimisme.

Le Festival de Cannes 2024 met en lumière les talents féminins d’Afrique

Le Festival de Cannes 2024 a été marqué par une forte présence des femmes cinéastes d’Afrique, qui ont brillé par leur créativité et leur talent. Cette année, plusieurs films réalisés par des femmes du continent ont été sélectionnés dans les différentes sections du festival, et certaines ont même remporté des prix prestigieux.

Ces réalisatrices explorent dans leurs films des thématiques diverses et importantes, telles que la condition des femmes dans leurs sociétés, les conflits et les bouleversements politiques, l’identité et la mémoire. Elles abordent ces sujets avec sensibilité et force, offrant au public un regard unique sur les réalités de l’Afrique.

En plus de la sélection officielle, le Festival de Cannes a également mis en avant les talents féminins d’Afrique à travers plusieurs initiatives. Le programme « Les Ateliers de Cannes » a permis à de jeunes cinéastes femmes du continent de bénéficier d’un mentorat et d’une formation. Par ailleurs, le Village des femmes a offert un espace de rencontre et d’échange pour les professionnelles du cinéma du monde entier.

En outre, plusieurs conférences et débats ont été organisés sur la place des femmes dans le cinéma africain. Le Festival de Cannes 2024 a ainsi contribué à faire reconnaître le talent et la créativité des femmes cinéastes d’Afrique. Voici quelques exemples de réalisatrices africaines qui ont marqué le Festival de Cannes 2024 :

  •  Colette Soumahoro(Côte d’Ivoire): Son film«UnCertain Regard» a été sélectionné dans la sélection officielle du festival.  Souad Ould-Saâd(Mauritanie): Son film«Lemra»a été projeté dans la section Un Certain Regard. Amel Ech-Charkaoui(Maroc): Son film«Cherif»a été projeté dans la section ACID.Jessica Barre

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